Quand un élève me dit qu'il veut un plus beau son, nous ne commençons presque jamais par les mains, mais par les oreilles. La main ne produit jamais que le son que l'oreille lui demande ; une image intérieure floue donne donc un son flou. L'éducation de l'oreille, au sens où je l'entends ici, ne consiste pas à nommer des intervalles sur une feuille, mais à apprendre à entendre le son que l'on veut vraiment avant de le jouer, puis à vérifier honnêtement si on l'a obtenu. Voici les exercices sur lesquels je reviens sans cesse en leçon.

Entendre la note avant de la jouer

L'habitude la plus utile est aussi la plus simple : imaginez clairement le son une fraction de seconde avant que le doigt ne bouge. Chantez d'abord une phrase – même mal, même à voix basse – puis jouez-la en cherchant à retrouver la voix chantée, sa forme et sa chaleur. Les chanteurs ne peuvent pas se cacher derrière un mécanisme ; ils doivent imaginer la note, sinon elle ne sort pas juste. Un pianiste qui emprunte cette habitude cesse de jouer « sur » les touches pour jouer « vers » un son. Si vous ne pouvez pas entendre une phrase dans votre tête, vous n'êtes pas encore prêt à la modeler à l'instrument, et aucune maîtrise des doigts ne la sauvera.

Le voicing : faire ressortir une note d'un accord

Jouez un accord simple de quatre notes d'une main et cherchez à faire chanter la note du haut pendant que les autres restent douces en dessous. Faites ensuite de même en déplaçant la note à mettre en valeur vers une voix intérieure, ou la basse. C'est l'un des tests les plus clairs pour savoir si l'oreille dirige vraiment : au début toutes les notes sortent à peu près égales, car la main tend vers un effort uniforme. Écoutez l'équilibre, ajustez le poids de chaque doigt et répétez jusqu'à pouvoir placer l'accent où vous le souhaitez. Un bon exercice consiste à tenir l'accord et à le « ré-équilibrer » silencieusement dans votre tête, en décidant quelle note doit dominer, avant de le rejouer pour vérifier.

Équilibrer la mélodie et l'accompagnement

Presque toute la musique de piano est une mélodie avec un soutien, souvent dans la même main ou partagé entre les deux, et le problème de son le plus fréquent que j'entends est un accompagnement qui couvre la mélodie. Travaillez les deux plans séparément : jouez seulement la mélodie et mémorisez son son, puis seulement l'accompagnement le plus doucement possible tout en restant régulier, puis réunissez-les en exigeant que la mélodie reste nettement au-dessus. L'enregistrement aide énormément ici, car l'équilibre que l'on ressent en jouant n'est presque jamais celui qu'entend un auditeur – l'accompagnement est souvent plus fort qu'on ne le croit.

Vous vous entraînez chez vous ?

GoPractice écoute pendant que vous jouez et suit le son et l'équilibre entre les leçons — un bon compagnon pour précisément ce travail d'oreille.

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Enregistrez-vous – l'oreille honnête

Rien n'éduque l'oreille plus vite que de s'entendre de l'extérieur. Enregistrez un court passage sur votre téléphone, réécoutez-le une fois pour le son et une fois seulement pour l'équilibre, et notez une chose à changer. L'enregistrement supprime les sensations physiques qui nous trompent au clavier – l'effort dans le bras, la proximité des cordes – et ne laisse que le son réellement reçu par la pièce. C'est inconfortable au début, mais une semaine d'enregistrements quotidiens de trente secondes apprendra plus à votre oreille sur votre propre son qu'un mois de jeu sans se réécouter.

Un beau son n'est pas un don réservé à certains pianistes ; c'est le fruit d'une oreille qui a appris à écouter de près et à exiger davantage. Éduquez l'oreille, et les mains suivront – c'est précisément ce type d'écoute que nous travaillons ensemble en leçon.

Envie de travailler cela ensemble ?

Le son et le voicing s'entendent et se corrigent bien plus facilement en personne qu'ils ne se décrivent dans un article. Si vous êtes à Zurich, je serai heureux de les travailler avec vous.

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