Une élève m'apporte un nocturne de Chopin, et chaque semaine la même mesure s'effondre, toujours au même endroit, toujours suivie de la même petite excuse. On ralentit, on répète, on réessaie la semaine suivante — et cela s'effondre encore. Puis nous regardons les chiffres imprimés au-dessus des notes, nous en changeons deux, et le passage se joue tout seul. Rien dans la technique de l'élève ne s'est amélioré en trente secondes. Ce qui a changé, c'est une décision prise des années plus tôt par un éditeur qui n'a jamais vu cette main. Le doigté est le choix le plus sous-estimé du jeu pianistique : les élèves y voient une affaire de confort, ou une question déjà réglée par l'édition posée sur le pupitre, alors qu'il est l'un des rares endroits où une décision technique et une décision musicale ne font qu'une.

Les chiffres de la partition sont une suggestion

Il est utile de savoir d'où viennent les doigtés imprimés. La plupart des éditions portent les choix d'un éditeur — souvent un excellent pianiste, parfois actif il y a un siècle, et toujours avec sa propre main, son propre instrument et sa propre idée de l'œuvre. Dans une bonne édition urtext, les quelques indications originales du compositeur sont généralement imprimées différemment de celles de l'éditeur, et les deux peuvent ouvertement se contredire. Ce n'est pas une raison d'ignorer la page : un doigté imprimé est un premier jet expérimenté et mérite le plus souvent d'être essayé en premier. Mais c'est une raison de cesser d'y voir la réponse. Quand je demande à un élève pourquoi il utilise tel doigté, la réponse la plus fréquente est « parce que c'est écrit » — et c'est précisément là que le passage cesse de lui appartenir. L'alternative n'est pas le désordre. C'est une décision que l'on peut justifier en une phrase.

Premier principe : le doigté est au service de la phrase

Demandez d'abord comment le passage doit sonner, et seulement ensuite quels doigts peuvent produire ce son. Une ligne qui doit être parfaitement legato demandera peut-être une substitution de doigt silencieuse sur une note tenue plutôt qu'un saut que la main ne peut faire qu'en se soulevant. Un sommet mélodique porte mieux sur un troisième ou un quatrième doigt solide que sur un pouce arrivant par-dessous, car le pouce tend à se poser avec un poids et une couleur qui lui sont propres. Une phrase qui doit respirer entre deux groupes est plus facile si le doigté lui-même se rompt à cet endroit : la remise en place naturelle de la main se produit alors exactement là où la musique veut une virgule. C'est ce que j'appelle la justesse : non pas « est-ce que cela donne les bonnes notes » — beaucoup de doigtés le font — mais « est-ce que cela rend facile, plutôt qu'héroïque, le son que je veux ». Un doigté qui exige du courage est le mauvais doigté. En concert, le courage est la première chose à quitter la salle.

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Deuxième principe : garder de la souplesse, et tester au tempo

Un doigté qui fonctionne à merveille à demi-tempo peut se désagréger au tempo réel, car le jeu lent masque la distance que la main doit réellement parcourir. Testez donc chaque choix tôt, dans le tempo d'exécution, avant de l'avoir répété deux cents fois. Il vaut aussi la peine d'accepter qu'un passage puisse appeler des solutions différentes selon les circonstances : la même figure prendra un doigté lorsqu'elle doit être brillante et un autre lorsqu'elle doit rester douce, et un matériau réexposé à la reprise mérite parfois une position de main différente de la première fois, parce que le contexte autour a changé. Il ne s'agit pas de changer sans cesse d'avis, mais de choisir consciemment — et de garder la liberté de résoudre une figure en position large en redistribuant des notes entre les deux mains, ce qui est parfaitement légitime et bien plus courant dans le jeu professionnel que les élèves ne l'imaginent.

Troisième principe : votre main n'est pas celle de l'éditeur

Les mains diffèrent plus qu'aucune édition ne peut le prévoir. L'écart, la longueur relative du quatrième et du cinquième doigt, la souplesse du pouce, la largeur de la paume — tout cela change ce qui est atteignable et ce qui n'est possible qu'au prix d'une tension. Un pianiste à petite main ne devrait pas passer un an à forcer une extension qu'une main plus large prend pour acquise ; la solution intelligente consiste le plus souvent à arpéger légèrement l'accord, à redistribuer une note à l'autre main, ou à tenir avec la pédale ce que les doigts ne peuvent pas tenir. De même, une grande main peut trouver le doigté imprimé à l'étroit et s'en tirer mieux avec une distribution plus large et plus calme. Rien de tout cela n'est de la triche. Le public entend le son, pas les chiffres, et un doigté choisi pour la main qui joue réellement donnera toujours un résultat plus libre et plus beau qu'un doigté imposé de l'extérieur. Si un doigté vous crispe sur votre propre instrument, c'est une information réelle — pas un défaut de caractère.

Décider, écrire, puis s'y tenir

Voici la routine que je propose à mes élèves. Prenez le passage difficile, jouez-le lentement en pensant au son que vous voulez, puis essayez le doigté imprimé, une variante, et si nécessaire une troisième. Jouez chaque version deux fois au tempo réel. Choisissez celle qui rend le son visé le plus facile, et écrivez-la au crayon dans la partition — y compris les endroits évidents, car « évident » disparaît sous la pression. Ensuite, tenez-vous-y. La cause la plus fréquente des trous de mémoire n'est pas un doigté difficile mais un doigté incohérent : une main qui a appris deux versions concurrentes hésitera une fraction de seconde sur scène, et c'est dans cette fraction que tout dérape. Décidez tôt, avant que le passage ne soit mémorisé, car réécrire un doigté après cent répétitions coûte bien plus cher que de bien choisir au départ.

Le doigté récompense exactement le type de réflexion que la plupart des élèves remettent à plus tard. Il coûte dix minutes au début du travail d'une pièce et fait gagner des semaines ensuite ; il transforme un passage que l'on redoute en un passage que l'on joue simplement ; et c'est un véritable acte d'interprétation, car décider quel doigt arrive sur la note supérieure, c'est décider comment cette note sonnera. La prochaine fois qu'une mesure échoue encore, regardez donc les chiffres avant de la répéter une fois de plus. Il y a de fortes chances que le problème ne vienne pas de votre main — mais seulement du plan qu'on lui a donné.

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